• Caroline Hébert

Vanlife en solo : sécuritaire?

La question revient à répétition sur les groupes des médias sociaux liés au vanlife. Beaucoup de femmes, mais aussi des hommes, se questionnent à savoir si leur projet de voyager seul à temps plein à bord de leur van sera une expérience sécuritaire ou au contraire, risquée. J’ai donc décidé de vous partager mon expérience et mes trucs et conseils afin d’assurer votre protection, de voyager de façon prudente et en toute confiance.


Comme certains le savent, j’ai parcouru l’Amérique du Nord en solo pendant un an à bord de ma van. Je vous rassure tout de suite, en un an, je n’ai craint pour ma vie à aucun moment, et je me suis sentie inconfortable, voire légèrement inquiète qu’une seule fois, et rien de malencontreux ne m’est arrivé. Est-ce qu’à mon avis la vanlife en solo est sécuritaire? Ma réponse est oui, si l’on respecte certains principes de base. Je ne suis pas une personne craintive de nature, mais je suis également en confiance car je me sais prête, préparée et informée. Je partage aujourd’hui avec vous mes astuces afin de trouver la sérénité et la paix d’esprit lors de votre périple nomade.


D’abord, les dangers potentiels pourraient se diviser en trois grandes catégories :


1. Les actes criminels (agressions de toutes sortes, vols, intrusions, vandalisme, etc.)

2. Les accidents/incidents (se perdre, tomber en panne, se blesser, etc.)

3. La faune (ours noirs, grizzlis, couguars, serpents et insectes)



L’humain : principale source d’inquiétude du vanlifer


Bien qu’un accident ou une rencontre fortuite avec une bête sauvage puisse survenir, c’est évidemment de l’humain dont il faut se méfier le plus. Loin de moi l’idée de vous inquiéter, mais les agressions, qu’elles soient mineures ou graves, armées ou non, restent l’aspect principal sur lequel vous devriez vous concentrer lors de votre préparation de sécurité.


Quelques principes de base…


  • Règle #1 : suivre son instinct ! L’instinct humain est un outil fort puissant et on doit s’y fier. Vous ne vous sentez pas confortable à un endroit, même si vous n’avez aucune idée pourquoi ? Quittez, tout simplement. Votre subconscient tente de vous avertir d’un danger, écoutez-le ! Peut-être qu’il ne vous serait rien arrivé, mais à quoi bon prendre le risque… déplacez-vous vers un endroit où vous serez plus à l’aise.


  • Pour les nuits en boondock, stationnez-vous toujours de reculons, lorsque possible. Cela vous permettra de quitter rapidement en cas de problème sans avoir à trop manœuvrer.


  • Évidemment, gardez vos portières verrouillées, surtout la nuit, mais idéalement en tout temps.


  • Gardez vos clés de véhicule à portée de main. D’abord afin de pouvoir partir rapidement en cas de pépin, mais aussi parce que la majorité des manettes de déverrouillage comportent un bouton panique, qui pourrait vous sortir d’une fâcheuse position.


  • Laissez le siège conducteur dégagé, encore une fois dans l’optique de pouvoir fuir rapidement.


  • Gardez votre téléphone à portée de main en tout temps et assurez-vous qu’il demeure suffisamment chargé.


  • Lorsque vous arrivez dans une nouvelle région, il peut être prudent de s’informer des quartiers à éviter auprès des commis du kiosque touristique.


Certains voudront s’équiper d’une arme quelconque (bâton de baseball, couteau, poivre de Cayenne, barre à clous, etc.). Il peut être possible, prudent et rassurant de le faire, mais assurez-vous de la légalité d’être en possession de ce type d’arme (la possession et le transport de pistolet à décharge électrique et d’armes à feu sont en général prohibés), mais surtout, ayez conscience que ce genre d’arme, si vous n’êtes pas qualifié pour vous en servir efficacement, peut rapidement se retourner contre vous et mener à votre perte plutôt que d’assurer votre protection. Par exemple, l’usage d’un couteau, pour les non-initiés, est très dangereux, car vous pourriez être désarmé en quelques secondes et vous retrouver menacé par votre propre moyen de défense.


Je préconise de mon côté le « bear spray », qui se veut à la fois pratique pour la protection contre l’humain et contre les ours lors de randonnées. Je le conserve près de mon lit, prêt à être utilisé en dernier recours si quelqu’un s’introduisait dans la van malgré mes avertissements et gestes énumérés ci-après. Sachez toutefois que vous pourriez être aussi incommodé par le gaz que votre agresseur. Le jet devra être dirigé vers lui et l’effet de surprise pourra vous donner le temps de quitter l’habitacle, par les portes arrière par exemple.



Quoi faire si un rôdeur s’approche de votre van ?


D’abord, restez calme et signalez votre présence, en verrouillant les portières, même si elles le sont déjà. L’action de verrouillage émettra un bruit et allumera les feux de jour pendant quelques secondes. Ce sera souvent suffisant pour décourager un voleur potentiel qui croyait le véhicule vide.


Bien que je recommande de signaler votre présence, j’éviterais d’allumer les lumières intérieures du véhicule, afin de ne pas montrer que vous êtes seul à bord, surtout si vous êtes une femme. Laissez planer le doute.


Si le fait de signaler votre présence ne suffit pas, quelques autres mesures peuvent être prises, par ordre de gradation, selon l’ampleur de la menace :

  • Donnez un ou deux coups de klaxon

  • Criez quelque chose d’une voix forte et autoritaire

  • Enclenchez le bouton panique du véhicule

  • Quittez les lieux

  • Si la menace est réelle et persiste, et qu’il vous est impossible de quitter, composez le 911



Au Québec, les risques associés aux bêtes sauvages sont relativement faibles, bien qu’une rencontre avec un ours noir, un lynx ou autres mammifères puisse survenir.





Accidents et incidents divers


Plusieurs types d’accidents et d’incidents peuvent survenir, tant pour les vanlifers que pour le commun des mortels. La différence, pour les voyageurs solos, est que vous êtes seul, possiblement dans une région éloignée de la population, et n’avez personne pour vous porter assistance rapidement. Vous devez donc être mieux préparé pour un éventail d’éventualités telles qu’une blessure lors d’une randonnée, une crevaison en lieu isolé, une panne mécanique ou d’essence, un malaise, s’égarer (en van ou en randonnée), des événements météorologiques extrêmes selon les régions visitées (tornade, séisme, flash flood, chaleurs extrêmes, etc.), s’embourber dans la boue ou la neige, etc.


Quelques principes de base…


  • Restez en tout temps à l’affût des prévisions météo du secteur où vous vous trouvez pour les heures et jours à venir.


  • Renseignez-vous sur les avertissements de sécurité des pays étrangers que vous comptez visiter (par l’entremise du site www.voyage.gc.ca par exemple).


  • Ayez en votre possession un coffre à outil de base, comportant les outils essentiels, des plaques de traction, une pelle rétractable, des fusées éclairantes ainsi que d’un pneu de secours et un cric.


  • Idéalement, soyez abonné à un programme d’assistance routière tel que CAA ou un programme offert par votre compagnie d’assurance. Assurez-vous également que ledit programme couvre votre type de véhicule s’il est plus haut ou plus lourd qu’un véhicule de promenade.


  • Évitez de voyager à la noirceur, et évitez de vous rendre à des endroits où vous doutez de possiblement rester coincé (boue, chemin isolé sans issue, etc.).


  • Planifiez votre trajet du jour avant de partir et vérifiez bien que le trajet proposé par votre GPS a du sens. Les parcours proposés sont parfois erronés et peuvent mener à des situations périlleuses.


  • Ayez toujours en votre possession suffisamment d’eau potable et de nourriture pour subvenir à vos besoins durant au moins 72 heures.


  • Équipez-vous d’une bonne lampe de poche, ou d’une lampe frontale. Ne vous fiez pas uniquement à la lumière de votre téléphone, qui pourrait être déchargé au moment où vous en auriez besoin.


  • Assurez-vous d’avoir en tout temps suffisamment d’essence, surtout lorsque vous voyagez dans des lieux isolés (parc national, réserves fauniques, etc.) puisqu’une très grande distance peut séparer les stations-service.


  • Munissez-vous d’une trousse de premiers soins bien équipée ainsi que des médicaments de base dont vous pourriez avoir besoin (analgésiques, antihistaminiques, etc.).


  • Lorsque vous partez en randonnée, apportez un sac à dos comportant les essentiels de survie (nourriture, eau potable en bonne quantité, téléphone et batterie de secours, matériel de premiers soins, couteau, couverture isothermique, imperméable, carte et boussole, antimoustiques, etc.).


  • Avant de partir en randonnée, prenez une photo du plan du parcours auquel vous pourrez vous référer si vous vous égarez et n’avez pas de réseau Internet.


  • Téléchargez une application de cartographie fonctionnant même sans réseau Internet (tel que Maps.me) et assurez-vous d’y télécharger les cartes de la région visitée.


  • Partagez votre position en tout temps avec un ami ou un proche, à l’aide d’applications mobiles telles que « Mes amis ». S’il vous arrivait quelque chose, ce partage de localisation pourrait aider les autorités à vous retracer.


La faune et la flore : des merveilles à découvrir… prudemment !


Au Québec, les risques associés aux bêtes sauvages sont relativement faibles, bien qu’une rencontre avec un ours noir, un lynx ou autres mammifères puisse survenir. Toutefois, les vanlifers parcourent en général d’autres territoires, où ils se doivent de faire preuve de davantage de précautions, tels que l’Ouest canadien, le sud des États-Unis et le Mexique.


Quelques principes de base…


  • Lors de randonnées en forêt dans des régions où se trouvent des animaux sauvages potentiellement dangereux, évitez de vous promener au lever et au coucher du soleil, lorsque les animaux sont plus actifs.


  • Si vous êtes seul, munissez-vous d’une radio ou parlez/sifflez/chantez afin de signaler votre présence.


  • Renseignez-vous sur les gestes à poser si vous deviez faire face à un animal dangereux (les gestes à poser ne sont pas les mêmes face à un ours ou un couguar, qui réagissent très différemment !).


  • En région où il y a présence d’ours, que ce soit des ours noirs, bruns ou des grizzlis, munissez-vous de bear spray. Cet article est d’ailleurs obligatoire pour entrer dans certains sentiers de parcs nationaux tels que Banff.


  • Autre item de protection quelque peu inusité, mais qui a fait ses preuves : les fusées éclairantes. Une fois allumée, la fusée fera presque à coup sûr reculer un ours trop curieux. Si ce n’est pas le cas, elle pourra servir d’arme pour toucher l’animal qui déguerpira suite à la brûlure. Ceci est un truc utilisé depuis plus de quinze ans par un guide d’observation des grizzlis que j’ai rencontré en Alaska.


  • Malgré ce que l’on pourrait croire, les clochettes à ours ne sont pas efficaces (information validée par des agents de conservation de la faune canadiens), car les ours s’habituent à ce bruit, qui ne les effraie pas. En fait, ces clochettes sont même à proscrire, car elles susciteraient la curiosité des couguars.


  • En région où les insectes et bestioles venimeuses sont présents, évitez de laisser vos chaussures à l’extérieur de la van.


  • Portez des pantalons longs et des chaussures fermées.


  • Marchez à l’aide de bâtons de marche (leur impact sur le sol créera une vibration faisant fuir les éventuels serpents).


  • Soyez vigilants lorsque vous déplacez du bois pour faire un feu, question d’être à l’affût des araignées, serpents et scorpions.


  • Ne laissez pas les portes de votre van ouvertes sans la présence de moustiquaires dans les régions où les serpents, scorpions ou araignées venimeuses sont présents.


  • Inspectez et secouez vigoureusement tout item ayant été laissé à l’extérieur avant de l’entrer à nouveau dans la van (couverture, vêtements laissés à sécher, tente, etc.).


  • Ne laissez pas de nourriture ou d’ordures à l’extérieur de la van dans les régions où les ours sont présents. Des boîtes métalliques sécurisées sont d’ailleurs souvent mises à la disposition des campeurs à cet effet.


En conclusion…


Tel que mentionné en introduction, il ne m’est rien arrivé de majeur durant l’année où j’ai voyagé en tant que femme seule nomade à travers le continent. Mais certains événements m’ont davantage conscientisée aux mesures expliquées au fil de cet article.


Quelques histoires vécues…


En périphérie de Whitehorse, au Yukon, je m’étais installée pour la nuit près d’une descente à bateau qui me semblait tranquille. L’endroit me paraissait parfait : discret, désert, près d’une source d’eau. Une fois confortablement installée, une bande de jeunes adultes est arrivée. Leurs caractéristiques principales à première vue : état d’ébriété avancée, agités, bruyants, tatoués des pieds à la tête et accompagnés de quatre pitbulls. Ne vous méprenez pas, je ne porte aucun jugement face à ces attributs, je suis moi-même tatouée et j’adore les pitbulls ! Mais… je me sentais comme une proie facile. J’ai laissé passer quelques dizaines de minutes, me disant qu’ils finiraient par quitter, mais au contraire, une autre bande de 5-6 individus du même acabit les ont bientôt rejoints. Probablement qu’il ne me serait rien arrivé et qu’une fois leur soirée terminée ils seraient rentrés. Mais mon instinct me disait que je n’avais pas le goût de dormir d’un seul œil, ni de me réveiller avec quatre pneus crevés ou avec des œuvres de street art sur ma van. J’ai donc quitté les lieux et me suis trouvé un autre endroit à une quinzaine de minutes de là, qui, ironiquement, fut l’un des plus beaux night spots déniché lors de mon voyage.


Autre fait vécu : lors d’une randonnée qui devait durer moins d’une heure, je me suis égarée. Le hic : je n’avais prévu qu’une bouteille d’eau et nous étions dans une période de canicule intense, il faisait près de 35 degrés Celsius à l’ombre. J’ai marché, marché, marché… cherchant mon chemin et éventuellement peut-être un ruisseau ou autre source d’eau. J’ai finalement retrouvé mon chemin, au bout de plusieurs heures, épuisée et souffrant d’un coup de chaleur important qui m’apportait tremblements intenses, nausées, maux de tête, étourdissements et une faiblesse extrême. Je n’ai jamais autant apprécié retrouver ma van, sa climatisation et son frigo rempli de breuvages à la fin d’une journée ! Ayant appris de mes erreurs, je pars maintenant en randonnée toujours équipée comme si je partais pour un périple de 8 heures, même si le plan de départ n’est qu’une courte promenade.


Bref, j’espère que cet article a su vous rassurer et vous équiper adéquatement afin d’affronter la vie nomade en solitaire avec confiance et sérénité. Sachez que plus vous serez préparé, plus vous serez confiant, et plus vous pourrez profiter pleinement de l’aventure en toute quiétude. Ces multiples conseils deviendront bientôt pour vous des automatismes et lorsqu’on vous demandera à votre tour si la vanlife en solo est sécuritaire, vous répondrez vous aussi OUI, si l’on respecte certains principes de base 


Bonne route !

Par Caroline Hébert


''Il y a deux ans je vendais tout : maison, voiture, meubles... Je quittais mon emploi et j'achetais ma première van. Mon but : me retrouver, explorer, décrocher VIVRE et parcourir l'Amérique. J'ai rapidement compris que ce serait la plus belle année de ma vie. Douze mois de nomadisme, de minimalisme et de marginalisme qui ont changé mon existence à jamais. Je partage maintenant ma passion avec le monde, en faisant découvrir la #vanlife à tout voyageur en soif de liberté, de nature et d'aventure, par l’entremise de Rubber Tramp vanlife.''


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